La plupart des définitions sont extraites ou inspirées des oeuvres du Père Placide Deseille

ABBA (aram. abba, père)
Le nom d'abbé (de l'araméen abba, père) était réservé primitivement aux moines pneumatophores, c'est-à-dire ceux qui, sans être nécessairement prêtres ni supérieurs, sont devenus "porteurs de l'Esprit" à la suite d'un combat ascétique généreux, et peuvent, par leur prière, leur exemple et leur parole, transmettre cet Esprit aux autres moines. On appelait également ces moines les anciens (gérôn)ou vieillards. Dans le monachisme latin, le titre d'abbé a été donné à tous les supérieurs de communautés cénobitiques, ces supérieurs devant être d'ailleurs, avant tout, de véritables maîtres spirituels pour leurs moines.

ACEDIE
Lassitude et dégoût à l'égard de l'effort spirituel.

CHARITE (gr. agapè)
La charité est l'ultime degré de l'échelle sainte. "La charité, c'est Dieu (1 Jn 4, 8); car son essence est amour, et son amour est son essence même. Par son amour, notre Créateur a été poussé à produire notre création. L'homme qui possède la charité, c'est vraiment Dieu parmi les hommes" (Rabban Youssef Bousnaya).

COMPONCTION (gr. catanyxis)
Profond attendrissement du coeur, que la grâce produit chez l'homme spirituel en lui faisant prendre conscience de sa condition de pécheur, de "fils prodigue" ayant déserté la maison paternelle.

CONNAISSANCE
Dans le vocabulaire de l'ancien monachisme, la connaissance (ou science) ne désigne pas une connaissance purement cérébrale et notionnelle ; la connaissance, toujours liée à la pratique de l'ascèse, implique un don spécial du Saint-Esprit, et revêt un caractère d'expérience spirituelle.

DISCERNEMENT (gr. diacrisis)
Satan est habile à se transformer en ange de lumière. Un discernement des esprits s'impose donc. Il ne peut être opéré que par un homme dont le coeur est suffisamment purifié pour qu'il n'ait plus en lui de complicités secrètes avec le mal, qui troubleraient la limpidité de son regard. Le discernement spirituel obéit cependant à des critères objectifs, que toute la tradition a retenus, depuis l'époque d'Antoine le Grand, le Père des moines, qui les énumérait déjà dans son discours ascétique, tel que saint Athanase d'Alexandrie nous l'a rapporté. Les signes de l'esprit du mal sont le trouble, l'aigreur, la tension intérieure, la mauvaise tristesse qui mène au découragement et au désespoir, bien que tout cela puisse s'accompagner d'un zèle apparent pour le bien et d'un extérieur de vertus, ou de visions. Les signes de la présence de l'Esprit-Saint sont la paix, la joie, la douceur et la patience, l'humilité et la charité.

GARDE DES COMMANDEMENTS
L'expression garde des commandements désigne, dans le vocabulaire des auteurs spirituels orientaux, toute la phase ascétique de la vie spirituelle (gr. praxis ou praktikè), toute la peine (gr. ponos) et le labeur (gr. kopos) que l'homme déploie pour triompher des passions et atteindre à l'apathéia et à la contemplation. Le mot "commandements" ne signifie pas ici les seuls "préceptes", opposés aux "conseils", mais à tout l'ensemble des prescriptions et des directives que l'Ecriture nous livre pour notre conduite spirituelle.

IMPASSIBILITE (gr. apatheia)
Chez les spirituels chrétiens, l'impassibilité (apatheia) n'est pas l'anéantissement des passions et l'extinction de la sensibilité, mais au contraire la rectification et la guérison de celle-ci, qui est dès lors intégrée par la grâce et mise au service de la vie spirituelle.

INTELLECT (gr. noûs)
Ce terme désigne généralement la partie la plus spirituelle de l'intelligence, la "fine pointe" de l'âme, le lieu de la conscience et de la lucidité spirituelle. Dans certains contextes, il devient presque synonyme du coeur, au sens biblique (et pascalien) du mot.

LARMES
Les larmes tiennent une grande place dans l'ancienne spiritualité monastique, tant en Orient qu'en Occident. Le moine est un homme qui pleure sur ses péchés et sur ceux des autres. Il ne s'agit pas d'un émoi superficiel de l'affectivité ; ces larmes sont l'expression d'un affinement de la sensibilité spirituelle profonde de l'homme, le signe de la transfiguration de son coeur sous l'action conjuguée de la grâce et de sa liberté. Le coeur du pécheur est un "coeur de pierre", insensible aux choses de Dieu aussi bien qu'à sa propre misère spirituelle. Mais lorsque l'homme répond aux sollicitations de la grâce et entre activement dans le mystère de mort et de vie auquel le baptême l'a initié, ce coeur de pierre se brise et devient coeur de chair (cf. Ez 11,9 ; 36,26). Il ressent la brûlure intime du deuil (gr. penthos) du salut perdu, il est touché de componction (gr. catanyxis ; lat. cumpunctio), c'està-dire "percé" (compunctus) au fond du coeur par le sentiment de sa condition de pécheur et de l'infinie miséricorde dont il est l'objet. Les Pères ont ainsi vu dans le bain purifiant des larmes le signe de l'intériorisation de la grâce baptismale, et, en ce sens, l'ont appelé un second baptême. au début de l'itinéraire spirituel, les "larmes qui procurent la joie", selon l'expression de saint Jean Climaque, apparaissent surtout comme le fruit de l'effort de l'homme, qui se fait violence pour Dieu, mais à mesure que le coeur se purifie, elles deviennent plus spontanées et procèdent de l'amour répandu dans le coeur par l'Esprit et qui chasse la crainte.

MEDITATION (gr. mélètè)
Dans l'ancien monachisme comme dans la Bible, le terme de "méditation" ne désignait pas une application méthodique de la raison sur un sujet donné, mais la répétition incessante, à voix haute ou à voix basse, d'un texte de l'Ecriture. C'est par cette rumination incessante que la Parole de Dieu peut pénétrer profondément en nous, de telle sorte que, sous son choc, les bonnes tendances inscrites dans notre coeur par la grâce s'éveillent peu à peu, et qu'ainsi nos réactions spontanées deviennent conformes aux préceptes divins.

METANIE
Inclination profonde du corps, ou prosternement, fréquemment accomplie, soit dans la prière, soit dans la vie courante, par exemple pour se demander mutuellement pardon.

MYSTERE (gr. mystèrion)
Chez les Pères, sous la double influence de la terminologie hellénistique et de la doctrine paulinienne, le mot mystère en vient à être appliqué à la présence cachée du Christ et du salut qu'il nous apporte sous les symboles de l'Ecriture et des rites sacramentels, ainsi qu'au fond du coeur du baptisé. Le terme de mystagogie désigne l'acheminement progressif vers la découverte de cette Lumière qui habite le sanctuaire du coeur.

PENITENCE (gr. métanoïa)
Voir REPENTIR ; LARMES
La pénitence, comprise selon la signification profonde du terme, saisit l'homme tout entier pour le réorienter vers Dieu ; elle est ce retournement total de l'esprit et du coeur que le Christ demande aux auditeurs de son message (cf. Mt 4,17). Elle est ainsi comme le résumé de tous les préceptes, et l'on conçoit que, pour le moine qui en a fait l'âme de son existence, elle puisse suppléer, compte tenu des circonstances, à l'accomplissement de telle oeuvre particulière de charité. On retrouve souvent dans l'ancien monachisme l'idée que l'accomplissement d'une oeuvre supérieure peut remplacer celui d'oeuvres particulières qu'elle contient éminement.

PENSEE
Ce mot revêt généralement chez les Pères du Désert le sens d'impulsion, de suggestion intérieure (souvent au sens de tentation).

PHILOSOPHIE (gr. philosophia)
Terme technique, chez les Pères, pour désigner la vie monastique, considérée comme la véritable sagesse de vie.

PRIERE CONTINUELLE
La prière continuelle, qui est, selon saint Cassien, "toute la fin du moine et la perfection du coeur" (Conférences, IX, 2), consiste moins en une multiplicité d'actes qu'en un état paisible (gr. catastasis) de l'esprit qui, grâce à la pacification des profondeurs de notre être par la grâce, se tient orienté vers Dieu d'une façon très simple et quasi spontanée. C'est pourquoi prière continuelle et prière pure sont inséparables.

PRIERE MONOLOGIQUE (gr. monologistos)
La prière monologique (c'està-dire composée d'une seule brève formule) est l'instrument privilégié de la sobriété spirituelle et de la prière continuelle. Cette prière peut revêtir diverses formes : saint Antoine le Grand recourait souvent au simple signe de la croix, emblème de la victoire du Christ, saint Cassien recommandait le verset : "Ô Dieu, viens à mon aide" (Ps 69,2). Mais, très tôt, les moines d'Orient ont éprouvé la valeur exceptionnelle de la "prière de Jésus" : "Seigneur Jéus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur !" qui unit l'humble supplication du publicain à la confession de la seigneurie du Christ.

REPENTIR
Voir PENITENCE ; LARMES.
Le sentiment du repentir est sans doute la composante la plus fondamentale de la prière chrétienne : "les larmes, c'est l'unique sacrifice que Dieu accepte de l'esprit humain déchu jusqu'à sa restauration par le Saint-Esprit divin (cf. Ps 50, 19-21). Que notre prière soit pénétrée du sentiment de repentir, qu'elle s'accompagne de larmes et jamais l'illusion n'aura de prise sur nous." (Saint Ignace Briantchaninoff)

SCIENCE
Voir CONNAISSANCE.

SOBRIETE SPIRITUELLE (gr. nèpsis)
La sobriété spirituelle est l'activité de l'intellect qui veille et lutte pour rester maître de lui-même sous l'assaut des "pensées", des impulsions mauvaises ou suspectes qui s'efforcent de le griser, de lui faire perdre sa lucidité intérieure, de troubler son jugement et de l'entraîner à des consentements contraires aux préceptes divins et au dynamisme intérieur de l'Esprit. Plus l'emprise de la charité divine s'étendra sur tout notre psychisme, plus cette maîtrise et, ce discernement de nos mouvements intérieurs deviendront universels, aisés et comme spontanés ; ils modèreront toute ferveur intempérante, toute griserie intellectuelle, toute exaltation de l'imagination. On conçoit dès lors que, pour un large courant de la spiritualité byzantine, le terme de "sobriété" en soit venu à caractériser une méthode qui recouvre à peu près tout le champ de la vie spirituelle. La Philocalie, ce bréviaire de la tradition hésychaste, s'intitulera : Philocalie des saints neptiques.

SYMBOLE
Dans son sens proprement chrétien, le symbole s'entend moins d'une "réalité sensible évoquant une réalité intelligible absente", que d'une "réalité ou gestes sensibles contenant, exprimant et transmettant une réalité spirituelle invisiblement présente".

TENTATION
Les auteurs spirituels orientaux ont exposé une analyse devenue classique du processus de la tentation et du péché : en premier lieu se présente la suggestion ou attaque (gr. prosbolè) ; c'est le simple éveil dans l'âme, sans culpabilité, d'une impulsion mauvaise. L'homme peut alors entammer un dialogue avec cette "pensée", soit pour lui opposer de bonnes raisons, soit pour lui prêter déjà une certaine complicité : c'est la liaison (gr. syndyasmos). Vient ensuite le consentement (gr. syncatathésis), par lequel la liberté adhère à la pensée mauvaise. La doctrine constante des Pères est qu'il faut repousser la suggestion dès son apparition, sans engager le dialogue avec elle. en cela consiste le "combat invisible".

THEOLOGIE (gr. theologia)
La contemplation naturelle et la théologie sont, dans la terminologie d'Evagre le Pontique, les deux degrés, ou les deux aspects, de la contemplation. La première est une contemplation de Dieu à travers la nature qui le manifeste. Lorsque l'âme est suffisamment purifiée et pacifiée par l'ascèse (praxis), elle dépasse comme d'instinct la superficie des choses, leur attrait purement humain et sensible, pour y goûter Dieu. Néanmoins, ce n'est pas cette contemplation naturelle qui est le sommet de la connaissance chrétienne, mais la théologie, synonyme, pour Evagre, de la connaissance essentielle, où l'âme s'unit à Dieu dans le seul à seul d'une communion exclusive de tout intermédiaire extérieur.

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