LE CANON DE L'ANCIEN TESTAMENT

Le canon chrétien de l'Ancien Testament s'est constitué d'après le canon hébraïque de la Bible, qui comprenait trois recueils : la Loi (Torah en hébreu), les Prophètes (Nebiim) et les Ecritures (Kethubim).

I. LA LOI (ou Pentateuque : les cinq rouleaux).

Attribuée à Moïse, son canon fut fixé dans le judaïsme ancien par une décision officielle promulguée par Esdras en 398 av. J.-C. et qui retient cinq livres : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome. Dès sa promulgation, les autorités perses reconnurent la Torah comme charte régissant tous les Juifs de l'empire perse. Les Juifs attribuaient à la Loi une valeur normative pour servir de "règle" à la foi et à la vie pratique : les cinq livres qui la composaient étaient canoniques au sens actif du mot, c'est-à-dire régulateurs de l'existence.

II. LES PROPHETES

On distingue les prophètes "premiers" (Josué, Juges, 1-2 Samuel, 1-2 Rois) des prophètes "derniers" (Esaïe, Jérémie, Ezéchiel, et les douze "petits" prophètes : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie). La canonicité de ces livres, considérés comme le prolongement exégétique de la Loi, ne fut guère contestée que par les Samaritains (et dans une moindre mesure, par les Saduccéens), pour lesquels la Loi seule faisait autorité. Il en était fait lecture à la synagogue (Lc 24,13) et l'expression " la Loi et les Prophètes ", souvent employée par Jésus et les apôtres (Mt 5,17), attestent de leur entière réception au sein du judaïsme.

III. LES ECRITURES (ou Hagiographies).

Les Psaumes, nécessaires à la prière liturgique, ouvraient ce troisième recueil. Leur autorité n'était guère plus contestée que celle des livres prophétiques, comme l'atteste l'expression " la Loi de Moïse, les Prophètes, les Psaumes " (Lc 24, 44) ou les nombreuses citations des Psaumes par Jésus et les apôtres. Figuraient ensuite parmi les Ecritures également lues à la synagogue et non contestées (si ce n'est par le Samaritains et les Sadducéens) : Job, Proverbes, Ruth, Daniel, Esdras et Néhémie(2 Mac 2,13). Enfin, venaient de nombreux autres écrits dont l'inspiration était contestée au sein du judaïsme : Cantique des Cantiques, Ecclésiaste (ou Qohélet), Lamentations, Esther, 1-2 Chroniques (ou Paralipomenes), Judith, Tobit, 1-4 Maccabées, Sagesse de Salomon, Ecclésiastique (ou Siracide), Baruch, Lettre de Jérémie, Odes de Salomon, Psaume 151, Suzanne, Bel, Vision d'Hénoch, Testaments des Patriarches, Morts des Prophètes, Prière d'Asénath, Prière de Manassé, Apocalypse d'Esdras, un second livre d'Esdras, et d'autres. L'autorité de ces livres, fort inégale selon les cas, différait en fonction de leur usage liturgique et des communautés. Les Esséniens de Qûmran utilisaient ainsi Tobit, Siracide, probablement Baruch et peut-être Vision d'Enoch.

La Septante (traduction grecque de la Bible, réalisée entre 285 et 246 av. J.-C. par soixante-douze savants juifs de Palestine pour la colonie juive d'Alexandrie) fixa implicitement un canon des livres bibliques en choisissant ceux des livres qui seraient traduits en grec. Outre les livres non contestés (Loi, Prophètes, Psaumes, Job, Proverbes, Ruth, Daniel, Esdras et Néhémie), furent intégrés un grand nombre des livres contestés : Cantique des Cantiques, Ecclésiaste (ou Qohélet), Lamentations, Esther, 1-2 Chroniques, Judith, Tobit, 1-4 Maccabées, Sagesse de Salomon, Ecclésiastique (ou Siracide), Baruch, Lettre de Jérémie, Odes de Salomon, Psaume 151, Suzanne, Bel, Prière de Manassé, Apocalypse d'Esdras et le second livre attribué à Esdras. La Septante intégra également des suppléments grecs à Esther et Daniel (le cantique des trois enfants saints).

Ce ne fut qu'entre 80 et 100 ap. J.-C., que les docteurs juifs d'obédience pharisienne, réunis à Jamnia, levèrent les incertitudes qui subsistaient à propos des livres contestés et fixèrent le canon formel et définitif des Ecritures Saintes dans le judaïsme. Ils affirmèrent l'autorité de certains livres contestés comme Cantique des cantiques, Ecclésiaste, Lamentations, Esther et 1-2 Chroniques, et écartèrent tous les autres écrits, regardés par eux comme postérieurs à Aggée, Zacharie et Malachie, les trois derniers prophètes. Le canon hébraïque fut ainsi fixé à 39 livres (22 rouleaux, selon la classification hébraïque), soit nettement moins que la cinquantaine de livres de la Septante. Les écrits que la Septante n'avait pas reçus (principalement les écrits juifs rédigés entre 200 av. J.-C. et 100 ap. J.-C.) furent également écartés par le synode de Jamnia sans grandes controverses (Vision d'Hénoch, Testaments des Patriarches, Morts des Prophètes, Prière d'Asénath, Psaumes de Salomon, Ascension d'Isaïe etc…).

L'Eglise du premier siècle se conforma spontanément à l'usage qui prévalait dans les communauté juives des pays où elle s'était implantée, alors que la liste des livres saints n'était pas encore définitivement close au sein du judaïsme. La décision des docteurs juifs réunis à Jamnia eut une répercussion certaine sur les Eglises qui étaient en contact étroit avec les communautés juives. Mais en d'autres endroits, les communautés chrétiennes continuèrent d'utiliser, en vertu d'une tradition déjà établie, certains livres exclus du canon hébraïque. Il s'ensuivit un canon chrétien composé des livres non controversés du canon hébraïque, des livres plus ou moins controversés de la Septante, et d'autres écrits auxquels on accordait une autorité plus ou moins grande selon les communautés. Les controverses se poursuivirent sans que l'Eglise des premiers siècles ait adopté un canon unique. Origène (185-254) défendait ainsi la Septante, traditionnellement en usage dans nombre de communautés chrétiennes, contre l'adoption du canon hébraïque fixé à Jamnia. Les différences entre les canons bibliques en usage dans les différentes Eglises locales étaient donc notables :

1/ Eglises de langue syriaque : les saintes Ecritures ayant été traduites en syriaque directement d'après la Bible hébraïque, sans se référer à la version grecque des Septante, le canon de l'Ancien Testament de l'Eglise de Syrie coïncida d'abord avec le canon hébraïque de Jamnia (vieille version syriaque du IIIe siècle). Les versions du IVe siècle et la Psitta (version commune du Ve siècle) témoignent néanmoins d'une forte influence de la Septante grecque, dont elles n'étaient plus très éloignées puisqu'elle incluaient certains des livres exclus par le canon hébraïque (Judith, Tobit, 1-2 Maccabées, Sagesse de Salomon, Ecclésiastique, Baruch).

2/ Eglises de langue grecque : naturellement influencées par la Septante plus que par le canon hébraïque, elles connaissaient néanmoins des usages variés. De nombreux écrits juifs en grec, autres que ceux figurant dans la Septante, circulaient, dont certains seront reçus jusque par les Eglises slaves, héritières de la tradition byzantine. L'Eglise d'Egypte utilisait des versions de la Septante en dialecte sahidique pour la haute Egypte (IIIe siècle) et en Bohaïrique (IVe siècle) pour la basse Egypte (cette dernière version deviendra la version commune de l'Eglise copte). De langue grecque jusqu'au VIe siècle, l'Eglise d'Ethiopie connaissait notamment Vision d'Hénoch, Ascension d'Isaïe et Apocalypse d'Esdras, mais fut également tributaire de versions syriaques à partir desquelles des moines syriens établirent une traduction dans la langue qui devait progressivement se substituer au grec, le guèze.

3/ Eglise d'Arménie : la première traduction de la Bible en arménien, effectuée au tout début du Ve siècle d'après la Psitta syriaque et la Septante grecque, à l'exception de 4 Esdras, de Psaume 151 et sans doute de 4 Maccabées (dont il n'existe pas de traduction arménienne connue). Seule la Prière de Manassé, traduite avec le Psaume 151 à partir de manuscrits grecs apportés de Constantinople peu après le concile d'Ephèse (431), fut introduite alors qu'elle ne figurait ni dans la Septante, ni dans la Psitta. Par la suite, apparaissent progressivement d'autres livres absents de la Septante : la Vision d'Hénoch, les Testaments des Patriarches, les Morts des Prophètes et la Prière d'Asénath. Mais la première bible complète de 1269 n'en retiendra aucun, tandis que celles de 1270 et 1292 ne rapportent que les Morts des Prophètes et la Prière de Manassé. La première édition scientifique de 1805, établie sur la base d'un manuscrit de 1319, , que l'édition de 1860 supprime. Seule la Mort des Prophètes sera utilisée, une fois seulement, dans les livres liturgiques.

4/ Eglises de langue latine : les plus anciens manuscrits latins témoignent de la réception de nombreux écrits juifs exclus du canon hébraïque (Prière de Manassé, Psaume 151), et plus rarement de la Septante. Les conciles africains de Carthage et une lettre du pape Innocent Ier attestent que l'Eglise de Rome et les Eglises d'Afrique du Nord avaient établi dès le IVe siècle une liste commune, qui incluait des livres exclus par le canon hébraïque. Mais à la même époque, saint Jérôme, très attaché à la tradition juive, entreprit une nouvelle version qui devait s'imposer progressivement dans l'occident latin sous le nom de Vulgate : se contentant de traduire Tobit et Judith, et d'ajouter les suppléments grecs d'Esther et de Daniel en appendice, il omit de traduire les autres livres exclus du canon hébraïque. Comme ailleurs dans l'Eglise, les controverses perdurèrent, jusqu'au XVIe siècle, lorsqu'elles se muèrent en de graves divergences entre l'Eglise catholique et les Réformateurs protestants. Lors du concile de Trente, l'Eglise catholique fixa officiellement son canon biblique (1546), en retenant la plupart des livres exclus du canon hébraïque mais intégrés à la Septante (Judith, Tobit, Maccabées 1 et 2, Sagesse de Salomon, Siracide, Baruch, Lettre de Jérémie et les extensions grecques d'Esther et de Daniel : ces livres furent désormais qualifiés de deutérocanoniques, " admis en dernier lieu "). Il leur fut reconnu la même autorité doctrinale que pour tous les autres livres. De leur côté, les Eglises issues de la Réforme (luthérienne, réformée, évangélique, baptiste et pentecôtiste), qui défendaient depuis Martin Luther (1483-1546) la stricte fidélité au canon hébraïque, dénièrent toute autorité aux livres qui en étaient exclus (dès lors qualifiés d'apocryphes : gr. " tenus secrets "). La confession de foi de La Rochelle (1559) déclarait ainsi : " […] encore qu'ils soient utiles, on ne peut fonder (sur eux) aucun article de foi ". Ils figurèrent néanmoins en appendice des Bibles protestantes jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Excepté dans l'Eglise catholique et les Eglises issues de la Réforme, qui adoptèrent au XVIe siècle un canon strict et définitif pour marquer la gravité de leurs divergences sur ce point, les livres controversés parce qu'exclus du canon hébraïque, n'ont jamais fait l'objet d'une décision formelle au sein des Eglises, qui s'en sont tenues à des usages plus ou moins fluctuants. Si ces Eglises ne se sont point prononcées, c'est que la nécessité ne s'en est jamais fait sentir : l'accord étant unanime sur le canon hébraïque, la canonicité des autres écrits pouvait susciter des controverses les Eglises orientales qualifiés de non canoniques, ils ne sont pas considérés comme ayant le même degré d'inspiration, mais sont toutefois conservés.

I. LIVRES CANONIQUES
Livres dont la canonicité est pleinement reconnue ans la tradition arménienne (d'après l'ordre et les dénominations de la Septante).

Livres de la Loi (Pentateuque) : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.
Livres historiques : Josué, Juges, Ruth, 1-4 Règnes (1-2 Samuel et 1-2 Rois), 1-2 Paralipomènes (1-2 Chroniques), 2 Esdras (Ezras et Néhémie de la Vulgate ou 1-2 Esdras du canon catholique), Esther, Judith, Tobie, 1-3 Maccabées.
Livres didactiques : Psaumes (dont le Ps. 151), Proverbes, Ecclésiaste (Qohélet), Cantique des Cantiques, Job, Sagesse de Salomon, Sagesse de Sirach (Siracide ou Ecclésiastique), Prière de Manassé.
Livres prophétiques : Isaïe, Jérémie, Baruch, Lamentations, Ezéchiel, Daniel (dont, du grec : Suzanne (ch. 13), Bel et le dragon (ch. 14), Prière d'Azaryah et Cantique des trois enfants saints), Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habaquq, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie.

Psaume 151 (apporté de Constantinople après le concile d'Ephèse de 431)
[Liturgie : lu une fois dans l'année ; introduit dès le Ve siècle]
Prière de Manassé (apportée de Constantinople après le concile d'Ephèse de 431)
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129), Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]
[Bibles : 1270, 1292, 1805]
3 Maccabées
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129), Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]

II. LIVRES NON CANONIQUES
Livres considérés comme non canoniques mais dont l'utilité et parfois la pertinence les font figurer dans certaines versions arméniennes de l'Ancien Testament. Ils ont été hérités des traditions bibliques grecque et syriaque.
4 Maccabées (livre non traduit en arménien)
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129)]
Paralipomènes de Jérémie (dont la Lettre de Jérémie)
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129)]
1 Esdras (1 Esdras de la Septante, 1 Esdras de la Vulgate ou 3 Esdras du canon catholique)
[Listes : Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]
[Bibles : 1269]
3 Esdras (Apocalypse d'Esdras de la Septante, 2 Esdras de la Vulgate ou 4 Esdras du canon catholique)
[Listes : Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]
[Bibles : 1805]
Vision d'Hénoch
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129), Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]
Testament des Patriarches
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129), Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]
Morts des Prophètes
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129), Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]
[Bibles : 1270, 1292]
Prière d'Asénath
[Listes : Anania Širakac'i (615?-660?), Jean Sarkawag (1050-1129), Grigor Tat'ewac'i (1344?-1409)]

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