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SCULPTURE SUR BOIS
Les pièces en bois ouvragé ne sont guère nombreuses dans la tradition arménienne, probablement en raison de la relative désaffection des artistes arméniens pour un materiau jugé trop peu résistant face aux innombrables pillages, destructions et cataclysmes naturels que connut le peuple arménien. Il n'en demeure pas moins que, si la pierre fut préferée au bois, les quelques ouvrages en bois sculpté qui nous sont parvenus témoignent d'une réelle maîtrise de la sculpture.
1. Les icônes en bois sculpté
Les quelques icônes en bois sculpté qui furent réalisées par les artistes arméniens ne sont guère semblables aux icônes largement répandues des traditions byzantine et slave. Gravées et sculptées sur bois mais rarement peintes, elles étaient destinées à orner le bas-relief de l'autel et représentaient généralement la descente de croix 1.
L'exemplaire le plus réputé est connu sous le nom de " Sauveur de Tous de Havouts Tar ", d'après le monastère où il fut déposé en 1013. La figuration de la Descente de la croix place Nicodème à droite, qui ôte le dernier clou, et Joseph d'Arimathie à gauche, qui reçoit dans ses bras le corps du Sauveur. Il s'agit d' " une œuvre unique, sous bien des aspects, dans l'art chrétien. La croix sertie de pierres précieuses symbolise la croix triomphale élevée sur le Golgotha. Afin de concentrer l'attention sur le Sauveur, le sculpteur place dans son voisinage immédiat ceux qui enlèvent les clous de ses mains et de ses pieds, sans l'échelle habituelle " 2. Le commanditaire en fut peut-être Grigor Pahlavouni, mieux connu sous son titre byzantin de Maguistros, considéré comme " l'une des personnalités les plus érudites de son époque " 3. Mais une inscription du XIe gravée sur l'église du Saint-Sauveur à Havouts Tar semble indiquer au contraire que Grigor Maguistros ne fut que le dépositaire de l'icône et qu'il fit reconstruire l'église pour l'abriter : selon l'inscription, la nouvelle église ainsi dédiée au Saint-Sauveur fut donc reconstruite pour être le " lieu de repos et de prière de la sainte icône acheropoète de Jésus-Christ, qui est en bois et [qui fut] réalisée à la demande de l'évangéliste Jean et sur l'ordre de la sainte Mère de Dieu " 4. Même si l'icône du Sauveur de Tous de ne peut être attribuée aux apôtres, il ne fait guère de doute que Grigor Maguistros n'en fut pas le commanditaire mais se trouva au contraire en possession d'une œuvre ancienne que la tradition considérait déjà comme une relique. Longtemps abritée au monastère de Havouts Tar (sa présence y est encore attestée pour les XIVe et XVe siècles), elle fut transférée au patriarcat d'Etchmiadzine au XIXe siècle.
2. Les portes d'église
La porte du monastère des Saints-Apôtres de Mouch est la plus ancienne connue : datée de 1134, elle constitue une œuvre monumentale sur laquelle sont représentées plusieurs scènes enrichies d'ornements et accompagnées d'inscriptions dont une seule est encore lisible.
Les portes des monastères de Sévan et de Tathèv, datées de 1176 et 1252, sont également très décorées et abondamment pourvues d'ornements empruntés à la tradition du khatchkar.
Les églises récentes sont encore nombreuses à posséder des portes en bois sculpté, comme la cathédrale Saint Jean-Baptiste à Paris, dont les portes des chambres d'angle sont ornées de motifs géométriques. Il ne s'agit cependant plus de portes sculptées proprement dites, mais de pièces industrielles sans grande originalité.
3. Les lutrins
1 L'autel (khoran) désigne l'ensemble surélevé qui occupe la totalité de l'abside et que constituent le bas-autel, sur lequel montent le célébrant et les diacres lors de la célébration de la liturgie divine uniquement, et la table d'autel (seghan) sur laquelle est célébré le Saint Sacrifice. Le bas-relief occupe toute la largeur de l'autel et s'offre ainsi au regard des fidèles, ce qui explique qu'il soit orné avec grand soin pour l'édification de tous, généralement d'une représentation peinte des apôtres et du Christ. L'icône du Sauveur de Tous de Havouts Tar occupait certainement le centre du bas-relief et devait faire l'objet d'une certaine vénération. La surélévation de la table d'autel est une disposition proprement arménienne qui symbolise l'ascension vers Dieu, ce qu'exprime les paroles dites par le prêtre et reprises par le diacre en début de célébration, alors qu'ils montent sur l'autel : " J'entrerai devant l'autel de Dieu, vers Dieu qui réjouit ma jeunesse ".
2 Les arts appliqués, Lilith ZAKARIAN, dans Arménie : 3000 ans d'histoire, Les dossiers d'archéologie, n° 177 H, décembre 1992, p. 74.
3 Ibid.
4 L'inscription murale proprement dite a disparu lors du séisme de 1679 : la version qui nous est parvenue serait une copie de l'original effectuée avant sa disparition.
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